Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne Claude Raphaël Samama




Analyses et critiques

Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne

Autres écrits

Analyses et critiques

Sur un livre de Michel Onfray
Grasset, 2010, 612p

Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne

Ce livre a défrayé la chronique, produit des centaines de réactions, donné lieu à tous les débats, au point que l'auteur y réagit ces derniers temps par un autre livre en réponse à ses détracteurs .

On fait aujourd'hui des livres pour tout et rien. Celui-ci pourrait bien avoir mis le doigt sur un essentiel. Non pas celui du déboulonnage de la statue d'un homme ayant marqué le savoir et la civilisation - voir son titre provocateur -, mais celui d'un enjeu toujours vif, celui comme dirait Lacan, des parts et du partage en tout, du réel, de l'imaginaire et du symbolique, trois catégories ou registres du monde, dont M.Onfray voudrait disposer à son aise. Au risque de brûler tous les doigts de sa main ou ses vaisseaux théoriques et pléthoriques par la lourdeur de leur cargaison !

Si le corpus des œuvres du fondateur de la psychanalyse - très peu ses entours ou ceux des épigones - semble avoir été intégralement lu et médité par l'auteur - il faut au moins reconnaître à ce dernier cette force de travail et de concentration -, il en gâche le résultat par ses préventions, ses a priori, et un procès à charge où dominent l'interprétation hâtive, les accusations outrées et une sorte d'étrange haine - ou alors trop claire en son origine vengeresse - à moins qu'un inavoué " ressentiment " !

La psychanalyse ne serait qu'une philosophie - qui paradoxalement rejetterait les philosophes, alors qu'elle les pille (sic). Elle n'est pas une science exacte (mais qui a jamais dit cela ?). Elle se prétend universelle alors que son fondateur est un obsédé de sexe et d'ambition, un manipulateur de faux savoirs, un artisan du mensonge moral et de l'imposture scientifique. On n'exagère rien. Voir la quatrième de couverture qui reprend la photo de la première et l'enserre de toutes ces dénonciations assénées comme des coups de marteau sur une statue qui résiste ou fait une ombre mortelle… On y revient dans ce qui suit.

On avancera ci-après nos principales objections ou critiques à ce travail qui se veut monumental, tranchant et sans recours.
Parmi d'autres fautes de méthode ou de rigueur, hors celle du procès inquisitorial, uniforme et convenu, la chronologie de la découverte freudienne n'est pas respectée, alors qu'elle est essentielle. Chez Freud, elle s'inscrit et devait nécessairement s'inscrire dans le processus d'une révélation progressive, tourmentée, parfois angoissante par sa charge transgressive et inouïe. Son exposé ultérieur est toujours explicatif, rationnel et cohérent - en dépit de toutes les assertions. Les œuvres qui en constituent le corpus sont écrites la plupart du temps dans un impeccable style où la clarté le dispute à l'argumentation rationnelle, logique, inductive ou déductive. Freud s'il avance des hypothèses le fait savoir et s'il a pu spéculer autour de modèles d'explication éclairant ou prolongeant une théorie princeps jamais remise en cause dans ses fondements - ainsi celles de la deuxième topique ou du Moïse, ou encore de l'interprétation d'œuvres d'art (Délires et rêves dans la ''Gradiva'' de Jensen, Un Souvenir d'enfance de Léonard de Vinci etc…) - sait bien qu'il spécule et ne confond pas cela avec sa clinique ! Onfray n'en veut rien savoir.

Sur ce premier argument, on ne prendra que pour exemple le traitement dans l'économie de son discours du contenu et du devenir d'un texte problématique de Freud, supprimé du corpus des œuvres, perdu puis retrouvé… : L'esquisse d'une psychologie scientifique de 1895 (année de publication des Etudes sur l'hystérie). Cet opus est présenté comme une voie de recherche physio-anatomique erronée et spéculative qui disqualifierait la rigueur expérimentale de la science freudienne par ses hypothèses infondées ou farfelues sur le système nerveux. Il s'agirait comme tout le reste d'une " fabulation ", p.272.

L'iniquité est flagrante par rapport à la chronologie. 1895 est une année de commencement, d'amorce où la théorie psychanalytique se cherche, n'est pas encore mûre, ni élaborée en ses principaux concepts. Freud lui-même, professionnellement ou existentiellement, cherche, erre beaucoup, hésite, s'égare, mais progresse ensuite vers des certitudes quant à la pan sexualité qui sous tend la vie psychique, sa genèse et ses effets.

Les œuvres majeures que sont La Science des rêves (1900) d'abord, puis les Trois essais sur la sexualité (1ère édition en 1905 et sans cesse rééditée avec des préfaces - qu'on lise ces dernières…) sont celles qui comptent et Freud a le droit de revenir sur des recherches antérieurs inabouties, contradictoires ou dépassées par la suite etc…
Partant de la prémisse de l'affabulation et de l'imposture intellectuelle, Onfray fait flèche de tout bois, ne respecte donc pas la chronologie des idées, ne voit pas la théorie psychanalytique comme une élaboration progressive, se cherchant d'abord à tâtons ou empruntant des chemins hypothétiques et dans un premier temps solitaires (ou follement partagés, avec Fliess notamment, dont Onfray fait des gorges chaudes et ne garde que ce qui lui plaît).
S'il a l'ambition de la science, Freud ne compare jamais le savoir psycho-analytique aux sciences exactes et mathématisées.

Son laboratoire n'est pas celui de la physique, de l'astronomie ou de la chimie, si même Freud à plusieurs reprises est popperrien et considère l'état des connaissances de son temps comme perfectible ou dépassable par des avancées objectives plus ou mieux explicatives encore de la réalité constatée.

S'il y a de l'induction (par rapport à une expérience, mais psychique et qui reste individualisée) ou de la déduction (au sens ici d'une herméneutique), jamais son objet n'est comparé à celui des sciences de la matière ou des réalités phénoménales objectives, mesurables et reproductibles, aboutissant à une loi quantifiée. Au contraire. Les assertions sont cliniques, médicales, concernent des processus, des symptômes ou des thérapies. Le langage et sa sémanticité éclairante des arcanes d'un corps investi (ce sur quoi se fondera Lacan) sont au centre d'un savoir à la fois générique mais toujours individué, susceptible d'une interprétation référée à une méconnaissance ou tantôt curative.

Devant le phénomène (psychique ou comportemental) en cause, Freud ne propose que des clefs qui avant lui n'existaient pas - celles du travail du rêve et de symptômes certains, à clefs non apparentes et souvent irrationnelles . Il se réfère à la science par métaphore ou relativement à une mise à jour explicative du réel comme savoir, certes affirmatif quant à ses découvertes de ce qui restait caché, jamais quant à un acquis définitif. A plusieurs reprises Freud est proche du relativisme de K. Popper qui laisse ouverte la porte à une traduction biochimique de la libido, par exemple. Onfray rencontre lui-même cette possible objection p.326 et 595. Il ne veut pas en faire grâce à Freud de peur d'affaiblir ou ruiner son discours.

Le procès par M. Onfray ressemble à celui de l'Inquisition qui ayant décidé d'avance de la faute - fût-elle imaginaire - n'a cesse ensuite que de tout y rapporter, jusqu'au triomphe de son a priori - ici de prémisses accusatrices et prévenues, ayant déjà jugé l'homme - à charge donc d'emblée -, en dépit de l'apparence d'un discours rationnel.

La déconstruction onfrayenne comporte encore un vice de forme par beaucoup inaperçu, celui de la confusion ou de l'assimilation intégrale d'une vie et ses péripéties à l'élaboration d'une œuvre - ici d'un savoir clinique avéré et repérable - non assimilable par ailleurs à n'importe quelle découverte, car son objet est interne au corps et procède d'expériences subjectives de l'esprit.

La segmentation de la vie de Freud, l'insistance orientée sur des contradictions, des vices véniels, des fautes médiocres ou des désirs interdits avoués - ainsi la considération des expériences œdipiennes et fantasmatiques de Freud et la généralisation du désir causale observé - ne plaident en rien contre la théorie, sa véracité et sa valeur universelle.

La question posée est celle de la disqualification d'une œuvre au nom de certains comportements paradoxaux ou de manquements à la morale - d'ailleurs à vérifier et évaluer selon les cas - de son auteur ! La récurrence de la procédure concernerait autant un Céline, un Sartre, ou un Heidegger…L'esprit du temps en a fait une méthode, par paresse et prévention, sous les oripeaux d'un puritanisme intellectuel fait d'opportunisme et de… panurgisme idéologique bien pensant.

La méthode facile de la confusion des niveaux, de la réduction ad hominem, et de la relativisation - de ce fait - des résultats ici herméneutiques quant au fonctionnement de la psychè et sa clinique, ne peuvent venir en rien annuler ou remettre en cause une cohérence objective et démontrable ou l'extension de ses découvertes. Celles-ci, si elles sont opératoires, cohérentes, rattachées à un réel objectif - ici symptomatique et clinique - dépassent largement la singularité d'une existence, fût-elle entachée des médiocrités, fautes ou singularités de son auteur. Il faut juger des œuvres et de leurs résultats en dehors des idiosyncrasies qui peuvent y conduire.

Plus, Onfray ne voit pas - sans doute par prévention - que c'est justement la singularité et l'exception d'un parcours, sinon d'une névrose individuelle, qui sont les facteurs favorables à la découverte, et peut-être une telle conjonction (familiale, géographique, linguistique, professionnelle, identitaire, psychique, subjective…) qui ont permis une élaboration de synthèse. Pas seulement propre à un individu mais, à partir de celui là, permettant de lever le voile sur des phénomènes inexpliqués, restés jusque là obscurs mais bien universels par la vérification clinique expérimentale qui leur fut apportée. C'est celle-là qui fait foi, autorise et mérite seule de rester. L'inventeur serait à la marge de son invention ! Parfois, celle-ci n'est-elle pas faite par hasard ? Son auteur comme individu ou personne, ne peut-être confondu avec cela même qu'il a pu produire comme vérité ou à tout le moins ici comme éclaircissement.

La méthode ou la stratégie qui consiste à confondre la cohérence d'une découverte, ses apports nouveaux et éclairants avec les péripéties, les engagements ou les erreurs (parfois nécessaires à une élaboration progressive) sont légion. Elles semblent devenues, au-delà d'une mode , l'expression même d'un idéologiquement correct qui se nourrit d'un travail négateur des œuvres et d'une critique erronée ou déformante qui en rien, ne remplace ou n'équivaut à la portée de ce qui est en jeu. Ici une conception nouvelle de de la psychè et une clinique potentiellement libératrice (Freud), là une philosophie profonde pour un temps désorienté (Heidegger), ou encore un chef-d'œuvre littéraire (Céline et son Voyage au bout de la nuit) etc.

Onfray ne comprend pas que l'essence même d'un savoir clinique comme celui de la psychanalyse devait à l'origine avoir à faire avec sa découverte difficultueuse, inédite et sa genèse individuée, à cause de son objet immatériel et symbolique. Comment expérimenter l'esprit ou mettre à jour ses manifestations pathologiques et son versant inconscient ou refoulé, remonter aux origines d'un symptôme si on ne prend pas les moyens d'une observation introspective sur soi d'abord, puis d'autres pour vérifier à l'aide d'une cohérence interprétative et la remontée à des causes non objectives et mesurables mais personnelles, subjectives, et contextualisées. Le cadre générique se retrouvera après, reproduisant alors le schéma universel d'une anthropologie.

La question de cette confusion, dans tous les cas, mérite d'être posée. Elle est au cœur du dispositif onfrayen. A fortiori quand toute son argumentation vise à disqualifier l'homme Freud et entre peu dans le débat de la prégnance, de l'efficace et de la valeur heuristique d'une œuvre. Ce dernier tente de défaire un savoir à partir du procès moral, politique, épistémologique ou institutionnel d'un seul individu et sur la base souvent de la mauvaise foi ou d'une cécité, par résistance ou prévention !

Un autre point d'aveuglement serait fondamental. Onfray, si même il peut en parler, veut méconnaître ou borner l'identité et la condition juives de Freud, ses symboles traditionnels et collectifs, sa spécificité culturalo-religieuse et, pour le judaïsme éclairé ou assimilé dont ce dernier se réclame, le partage toujours - dans l'histoire et la culture occidentales dont il participe - entre singulier et universel. Démonstration : Ainsi, page 522, il ne comprend rien à une lettre de Freud à son coreligionnaire berlinois M. Eitington, écrite en 1933, où le premier écrit : " Personne ici ne comprend notre situation politique …", pendant que des émeutes graves se déroulent sous ses yeux à Vienne. Il reproche à Freud son indifférence et plus gravement sa compromission avec le national socialisme montant et la politique répressive du chancelier Dölfuss à l'égard des démocrates et de la classe ouvrière. Il méconnait ainsi (ou ne veut pas savoir) que c'est un juif qui parle au nom de sa famille, de ses coreligionnaires et des menaces flagrantes qui risquent de les atteindre comme déjà l'Allemagne en donnait plus que le spectacle. Ces dangers réels sont bien plus cruciaux pour sa vie et celle des siens - sinon celle de son peuple d'appartenance - que ceux qui atteignent, pour d'autres raisons, les autres et sont bien plus urgentes à signaler que ses positions politiques ou des solidarités moins immédiates.

La critique idéologique et politique des prises de position, engagements ou tout simplement des idées ou écrits à la marge de Freud concernant ce registre du politique - comme si Freud était à la tête d'un Etat ou le leader d'un mouvement politique - sont à l'avenant de la méprise, du contre sens, sinon d'une prévention où peuvent s'engouffrer tous les délires.
Les supposées sympathies de Freud pour le fascisme mussolinien, ses conceptions de la guerre et de la psychologie de masse, du rôle des chefs ou d'idées apparemment réactionnaires comme on dira aujourd'hui, ne sont jamais replacées dans leur contexte, les mentalités d'une époque, un environnement géographique, rapportées à la situation familiale et personnelle de l'homme Freud dans cette Europe meurtrie par la Première Guerre mondiale, partagée par la révolution bolchévique, livrée bientôt aux fureurs antisémites du nazisme.

Jamais Onfray ne considère la situation existentielle de Freud, ni non plus aussi ses responsabilités vis-à-vis du mouvement psychanalytique international et les enjeux de sa découverte comme de la nécessité de leur relais. Une simple dédicace courtoise d'un de ses livres (Pourquoi la guerre … !) à Mussolini, à la requête d'un responsable du mouvement psychanalytique italien, lui suffit pour faire de Freud un soutien au dictateur ou son sympathisant, sans jamais s'interroger d'un point de vue diplomatique ou d'habileté institutionnelle es-qualité.... Ou vouloir convenir que le dictateur italien n'était pas Hitler non plus, ou encore contextualiser culturalement les relations entre … l'Autriche et l'Italie à l'époque etc, etc…! A moins que l'on ne reproche ici à Freud d'être sinon un réactionnaire, du moins un " conservateur " ! Mais quand bien même, en quoi cela porterait-il atteinte à la cohérence d'une théorie clinique. Etre plus à gauche, progressiste ou communiste même, validerait-il mieux une théorie ?

De toutes les façons le père de la psychanalyse doit être tué.
De manière récurrente, Freud est considéré comme un homme incestueux (avec sa mère et sa fille), adultère avec sa belle sœur. Imaginons la coucherie permanente suggérée du même avec sa belle sœur Minna, fille, elle aussi, comme sa sœur Martha Bernays - femme légitime et mère des six enfants de Freud - d'un grand rabbin hambourgeois ! Canular goy voulant d'en prendre aux lois de Niddah !

Le père de la psychanalyse est sans faille, mégalomane, pervers et antihumaniste, un médecin qui aurait renié le serment d'Hippocrate, un individu qui à l'image d'un " sage de Sion " voudrait asservir le monde et régner sur les âmes, un savant fou et délirant à partir de ses fantasmes, ou mentant sur ses emprunts cliniques à Nietzsche (…) ou Schopenhauer, un opportuniste se proposant de faciliter pour le bien de tous la montée des extrémismes totalitaires et exterminateurs contre sa race. Voilà le tableau ! Qui délire ?

Ayant décidé de jeter aux orties la découverte par Freud de l'inconscient sexuel, sa genèse, ses effets psycho-mentaux et ses enjeux individuels et collectifs - déconstruits d'ailleurs à partir des seuls éléments biographiques, d'anecdotes ou de surinterprétations d'événements mineurs et jamais un point de vue d'ensemble, Onfray se ridiculise en pratiquant l'illusion rétrospective, la démagogie racoleuse ou le politiquement correct.
Peut-être aussi, pour ce sectateur exalté d'un Nietzsche sacralisé, faut-il chercher du " ressentiment " - concept très opératoire et récurrent du précédent - à l'égard d'une théorie qui, outre sa glorieuse carrière, laisse son propre système philosophique emprunté et supposé libérateur de l'homme véritable, dans l'infirmité ou le nanisme face à une plus sombre vision, résistante, sinon opposable dans le réel à la fantaisie hédoniste d'un joyeux ou inconscient libertin du Savoir.

Ce bref compte rendu, qui voudrait aller à l'essentiel, mettra encore en avant une faiblesse paradoxale, sinon une inapparente inconscience de ce projet de déconstruction qui se voudrait irréversible et imparable - voir la dernière et impressionnante dernière partie intitulée Bibliographie (p.581 à 596) où le lecteur est définitivement impressionné par la rage livresque et critique de l'auteur.

Question. S'agit-il finalement de livres ? Noir ou blanc ? La glose, l'érudition, la sacralisation des écrits, leur critique argumentée ou délirante, la précision des références, le croustillant des détails de l'histoire, les péripéties salaces ou meurtrières du parcours, les querelles fratricides, les prises de positions idéologiques ou morales, les projections idiosyncrasiques sur des enjeux que l'on sait bien vous concerner, les guerres de tranchées sans merci que déclenchent encore les enjeux de la théorie freudienne, son cadavre qui s'agite encore joyeusement dans des placards universitaires ou d'autres officines quelles qu'elles soient, les résistances à admettre l'essentiel d'un discours…à quoi renvoient-ils ?

Il est trois choses dont Onfray ne parle jamais : le divan et les associations libres (…) - l'expérimentation là de l'envers de l'esprit si les fantaisies du rêve n'y suffisent pas ; la nature du sexuel - qu'il acceptera de ne pas assimiler au besoin ; enfin le point de vue ou l'expérience individuelle et irremplaçable de l'analyse elle-même qui est d'abord cela avant d'être sa théorie spéculative pour partie, non pas pour qui y croit ou n'y croit pas mais en a besoin ou non - dans tous les, cas comme exercice, certes périlleux, de la conscience de soi à conquérir.

C'est là que l'Inconscient se découvre en majesté, ce qu'Onfray tente d'ignorer, caché qu'il se veut ou protégé comme beaucoup par des écrans de livres qui peuvent faire un très haut mur d'obscurité. Ma propre analyste, à la porte de son cabinet, - peut-être ai-je eu une certaine chance -, m'avait dit : " Ici vous laisserez dehors, votre cigarette et tous vos livres… " !

En cinq grandes parties le livre de M. Onfray croit pouvoir relativiser, singulariser, ridiculiser, rabaisser, injurier et déconsidérer la découverte freudienne. Il ne parvient qu'à une accumulation de preuves déformantes et d'arguments apparents, où un vrai savoir, une clinique puissante - même si aujourd'hui jugée hélas à l'enseigne contrapuntique du ready, cool, cheap and quickly made, une méthode herméneutique heuristique et opératoire irremplaçable, ainsi qu'une anthropologie vérifiable, (par exemple à propos de l'Œdipe qui l'obsède, jamais Onfray ne parle de la prohibition universelle de l'inceste...), sont rapportés à la seule personne d'un Freud caricaturé, devenu la figure d'un père à abattre. Et peut-être donc, pour d'autres raisons sur lesquelles on ne s'étendra pas, haï. Pas forcément dans sa réalité, mais comme symbole de ses ombres avec leurs limites et leurs empêchements…