Claude Raphaël Samama




Autres textes et inédits

Autres écrits

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CÈLINE
De quoi Céline est-il le nom ?

CÈLINE
De quoi ce nom est-il le nom ?


On lira ci-après une « miniature spirituelle », largement réécrite à partir de celle figurant dans mon ouvrage 105 essais de Miniatures spirituelles, p.48. Le débat actuel autour de la réédition des pamphlets antisémites de l'écrivain m'y a invité. Face à divers arguments fallacieux ou sophistiques, je suis contre.
A quoi bon ? Pourquoi ? En vue de quel rétablissement et pas forcément d'ailleurs, à l'avantage d'un brasseur génial de langue qui se fourvoya ou se perdit dans les méandres de l'Histoire ou en compagnie des spectres d'un inconscient peu démêlé ?

* On pourra à la suite, prendre connaissance, dans Wikipedia, de l'article très complet sur cet auteur, d'où il ressort, en parallèle à son parcours littéraire, une carrière professionnelle agitée, mal connue, disparate et ambigüe en dépit des images reçues – en particulier, celle du « médecin des pauvres », etc. – et alors peu transparente. Il pourrait en résulter, par un effet pervers, un trouble sur le fond de la partie remarquable d'une œuvre, que l'on ne peut résumer à un style ou ses inventions.
Espérons encore que la récurrente « instrumentalisation des juifs » – voir un autre de mes ouvrages – quand la scène du monde s‘appauvrit (…), ne soit pas encore et… « inconsciemment » à l'œuvre, dans une ténébreuse affaire.


CÉLINE

Commençons par Destouches ! Aurais-tu changé ou eu maille à partir avec le nom du père ?

Certains savent que par là commence la folie et que, de la mère en ses discours – la place qu'on y tient –, sourd le génie ou la commune platitude. A moins qu'un projet d'alchimie amère ne tente à mesure d'adoucir la médiocrité conséquente des jours ou sublimer les exhalaisons fétides du destin.

« Ma mère m'infligea la vie ». Un maître dit cela en des mémoires d'outre la mort, toi tu portas au bout de la nuit le voyage, celle que d'autres s'efforcent de désarmer... Il y a là quelque secret de honte ou un sourd ressentiment.
Qu'en dire s'il se peut et porter sur la place ?

D'abord s'attaquer aux tentacules du réel, le plus près de la pieuvre du monde allant ses mille bras; ensuite, sorti de la mer infréquentable pour cause d'incertitude, faire cesser les grouillements de tant d'élytres sur la terre – les autres, la société, ceux-là, tous ou quelques-uns qui, certes, à un principe idéal si peu ressemblent – et puis et puis sur ce corps, ces membres, ces visages, sur le tien qui résiste et se plaît à parler, jouer ta partition de langage en pièces à lacérer encore.

Ensuite, et sans nul paradoxe, trouver ce zeste de compassion qui rachète un brin d'espérance, soigner ce qui se peut, et n'oublier au passage d'opérer au double de la langue – cette autre chair, ce sang où plus encore nous sommes et où la vie s'obstine –, faire violence par elle à la violence ! Comme une revanche, contre le sort d'exister nu et sans viatique !

Il fallut confondre subir et formuler, mettre l'un et l'autre à distance ou les confondre ; avec cela combattre la chiennerie bourgeoise, les banlieues de misère, les charniers des guerres sans but ; dire ainsi l'existence souillée, la lèpre, le stupre et le lucre universel, mais surtout, rétréci au désespoir, l'horizon maintenant des hommes, brouillé ou disposé aux propagandes de la haine comme un salut…

S'égarer maintenant dans la jouissance du verbe malmené, ce leurre où peut s'engouffrer un salut de pacotille, le mensonge, les délires les plus fous, un jouir à bon compte et croire alors à telle hallucinante panacée où se voit rameutés, en désespoir de cause, les enfants d'Israël…

Eriger donc, loin de ce nom du père là, un corps tout épris d'une langue faite mère d'inceste, un destin sans destin, relier à la gorge nouée du pire des siècles de la France le ventre fertile de la même, offrir à tant de porte-drapeaux gaulois, de cons, de dupes, de badauds interpellés, se l' arrogeant, une bouche empuantie et fulminante offerte à l'encan. Livrer des portées langagières de truie, des parcours d'hyènes – leurs senteurs dans la nuit, des visions de rates qui allaitent ou de molosses encouragés et… la Littérature attelée pour ce faire à une symphonie discordante sous le bleu muet du ciel injurié, convoquant, mille commodes boucs émissaires au plus sombre des cauchemars ….

Les mots peuvent être de malaise, de pardon, de vengeance ou de carnage, avenants, lumineux ou troubles, tour à tour d'hôpital, d'église, de tribunaux ou bien prostitués, ensemble, bazar, caserne, usines, ménagerie, asiles, camps, foire d'empoigne ou, derrière des fanfares, s'avancer vers la peste ou le choléra, des charniers à la longue et le génie lui-même, devenir à cette enseigne, une épithète errante…

Tout cela à toi seul ! Où en est-on des autres, les différents, les prochains, les semblables et avec lesquels aller ? Où sont nichés les véritables spectres ? Tartuffes, médiocres ou affameurs. Que l'on reste entre nous ! Mais qui ? La nuit mentale peut-être hallucinée ! En la faisant plus sale, je la ferai plus pure ! Ma parole. Crois-tu ? Qu'on se cache du soleil !

Avec un tel barda, où peut-on aller dès lors, Louis Ferdinand ?


© Claude-Raphaël SAMAMA-2018